ITINÉRANCE JEUNESSE

En contexte universitaire
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[ Exercice plan de concept 01 ]
PLAN DE RECHERCHE
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Un travail de Nikita Baker dans le cadre de la Maîtrise en science de l'architecture - Design Urbain
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[ ORGANISATION | Capsule ]
L’ ESPACES-REFUGES DE L’ITINÉRANCE ÉTUDIANTE INVISIBLE

Lecture spatiale de l’inclusion sur le campus de l’Université Laval

[ SCHÉMAS D'INTENTIONS ]
Sujet et contexte

Cet essai porte sur les espaces de l’itinérance universitaire potentiellement vécue par des étudiant·es de l’Université Laval. Il s’intéresse plus précisément aux espaces refuges, publics et semi-publics, intérieurs et extérieurs, qui peuvent agir comme abris discrets et temporaires, parfois plus ou moins accueillants, pour des usagers dont la situation demeure souvent cachée dans le quotidien du campus. La recherche vise à révéler et à caractériser ces lieux sous l’angle de leurs qualités d’usage, d’accueil et d’appropriation afin de saisir les conditions de l’inclusion socio-spatiale et, éventuellement, des principes de design inclusif appropriés. L’essai s’inscrit dans le cadre du partenariat L'itinérance en contexte universitaire : une recherche-action à l’Université Laval (Fontaine, 2025, annexe 1) réunissant des chercheur·es et des acteur·trices du réseau public et d’organismes communautaires. La recherche contribue à une compréhension pluridisciplinaire du phénomène de l’itinérance étudiante en offrant une lecture spécifiquement spatiale des enjeux d’inclusion ou d’exclusion.

Problématique : défis de l’itinérance étudiante, entre invisibilité et exclusion spatiale

Le phénomène de l’itinérance est en hausse au Québec et touche une population de plus en plus diversifiée (McDonald, 2024, p.5). Chez les jeunes, notamment ceux du milieu universitaire, cette réalité s’inscrit dans un processus de fragilisation sociale, voire de désaffiliation, lié à la transition vers la vie adulte et à divers facteurs systémiques, relationnels et personnels (MacEntee et al., 2024; Bellot, 2020; MSSS, 2022a). Cette vulnérabilité est souvent aggravée par un faible revenu annuel et par une offre insuffisante de logements abordables (Morin-Racine & Bordeleau-Gagné, 2024). Les parcours et les réalités de l’itinérance se révèlent non linéaires, parfois cycliques, c’est-à-dire marqués par des alternances entre des périodes d’accès et de non-accès à un logement, ainsi que par des déplacements constants entre divers lieux (Grimard et al., 2023; MacEntee et al., 2024). Ils doivent également adopter des stratégies temporaires pour se réfugier, comme le couchsurfing (Grimard et al., 2023, p.8). Les étudiant·es universitaires en situation d’itinérance constituent un groupe sous-étudié, puisque souvent exclus des enquêtes traditionnelles centrées sur les formes d’itinérance plus visibles (Fontaine et al., 2024; Saldanha & Raymond, 2019).

Les personnes en situation d’itinérance vivent donc au gré d’un balancier qui oscille entre visibilité et invisibilité (McDonald, 2024, p.20; Grimard et al., 2023, p. 8). Ce processus d’invisibilisation résulte d’interactions complexes entre l’environnement, le contexte social et les stratégies individuelles. Les étudiant·es universitaires en situation d’itinérance invisible cherchent fréquemment à taire leur situation et à invisibiliser leur instabilité résidentielle par crainte de stigmatisation, de marginalisation ou d’une éventuelle exclusion institutionnelle (UTILE, 2021, p.9). Elles mobilisent leurs réseaux sociaux et leurs ressources personnelles, notamment leurs contacts, pour trouver des lieux temporaires où se loger : voiture, chambre d’ami, etc. (UTILE, 2021, p.9; Saldanha & Raymond, 2019). Ils peuvent également se tourner vers des tiers-lieux, qui agissent en espaces-refuges accessibles (cafés, bibliothèques, etc.).

L’espace-refuge est un concept qui renvoie à tout lieu physique ou social, généralement public, capable d'offrir une protection essentielle et un répit aux personnes en situation de précarité ou d'itinérance, en opposition aux environnements moins sécuritaires qu'elles occupent habituellement, comme des espaces dans la rue (Pable et al., 2022; Grimard et al., 2023). Les campus offrent différents types d’espaces-refuges dont la bibliothèque et les aires de repos ou de services dans les pavillons. Ces lieux joueraient un rôle essentiel dans les cycles de l’itinérance étudiante (MSSS 2022b; UTILE, 2021; Grimard et al., 2023). D’ailleurs, lors d’un entretien, Julie Turgeon du Bureau de la responsabilité sociale et environnementale mentionnait que des « pods » de repos installés au sous-sol de la bibliothèque avaient servi à passer la nuit après la fermeture, possiblement par une personne en situation d’itinérance issue de la communauté universitaire. Les espaces-refuges offrent donc potentiellement un endroit où l’étudiant·e en situation d’itinérance peut se poser et se reposer, et avoir la possibilité de maintenir une certaine hygiène en utilisant des installations sanitaires à proximité, c’est-à-dire maintenir ses besoins de base (Grimard et al., 2023).

Cadre théorique : Inclusion et exclusion spatiales

Le concept d’inclusion spatiale (qui intègre notamment les principes de design inclusif) est essentiel dans la compréhension du phénomène de l’itinérance cachée et dans la spatialisation des espaces-refuges (Pable et al., 2022; Grimard et al., 2023). Il repose sur la reconnaissance du droit à la ville, notion selon laquelle l’espace public constitue un lieu de propriété collective et civique où tous les citoyens disposent d’un droit d’usage (Grimard, et al., 2023; Vassar, 2016; Walsh, 2006; Whiteford, 2011). Dans le cadre de cette recherche, le campus de l’Université Laval est appréhendé comme une ville, c’est-à-dire un territoire habité et organisé, composé d’espaces publics et semi-publics variés qui structurent l’expérience quotidienne de ses usagers. En contexte d’itinérance universitaire, l’inclusion spatiale suppose de dépasser l’idéal libéral d’un espace public ouvert à tou·tes, pour tendre vers une accessibilité réelle pour les personnes dont les pratiques ou les conditions de vie s’écartent des normes dominantes, notamment les étudiant·es en situation de marginalité (Grimard et al., 2023, p.22-30). Ainsi, le concept associé de ville solidaire propose précisément de reconnaître le droit d’exister et de s’inscrire dans l’espace public pour les personnes en situation d’itinérance, en orientant les pratiques d’aménagement vers leur bien-être (MacDonald, 2024, p.13-30 ; Grimard et al., 2023, p.22-30; Rahbar et al., 2024). Concevoir des espaces véritablement inclusifs implique ainsi de mobiliser des principes d’équité spatiale visant à déconstruire les rapports de pouvoir inégalitaires et à garantir que chacun puisse exister, habiter et circuler librement dans la ville ou, dans le cas de cette recherche, sur le campus (MacDonald, 2024, p.13-30; Honneth, 2004 ; Fraser, 2004). À l’opposé, certains espaces en marge, oubliés, délaissés, peu entretenus ou même méconnus, parfois investis de manière subversive, se révèlent porteurs de formes subtiles d’exclusion, en raison des conditions matérielles et symboliques qui en limitent l’appropriation (Pable et al., 2022; Grimard et al., 2023, p.22-25; MacDonald, 2024). Les concepts d’inclusion et d’exclusion spatiales sont étudiés par le biais d’un ensemble de dimensions lisibles comme la connectivité, l’accessibilité, les seuils et barrières (Pable et al., 2022), de même qu’à travers des dispositifs d’aménagement fonctionnel pouvant soutenir ou freiner l’accueil des personnes en situation d’itinérance (Pable et al., 2022, p.103; Grimard et al., 2023, p.40-60).

Question et objectifs de recherche

Située spatialement, la démarche vise à analyser les usages et les qualités associés aux espaces-refuges du campus de l’Université Laval, en tenant compte des logiques institutionnelles qui encadrent leurs accessibilité, contrôle et appropriation. Elle cherche à comprendre comment certains choix d’aménagement et de gestion participent à des formes d'inclusion et d’exclusion. La recherche est donc guidée par cette question : En quoi les caractéristiques spatiales et les modes de gestion de certains espaces publics et semi-publics du campus de l’Université Laval influencent-ils leur potentiel d’agir comme espaces-refuges inclusifs, pour des étudiant·es en situation d’itinérance invisible?
Les objectifs de cette recherche sont de : 1) révéler les espaces-refuges en documentant leurs attributs, qualités et dispositifs spatiaux, tout en cartographiant leurs positions relatives; 2) alimenter la compréhension de l’itinérance étudiante sous l’angle de l’environnement spatial, en mobilisant notamment les dimensions du design inclusif et les savoirs d’informateurs-clés; 3) éclairer la prise en décision sur la création et la transformation d’espaces-refuges inclusifs sur le campus, par le biais d’une typologie et de principes de design.

Méthodologie et résultats attendus

La méthodologie adoptée s’articule autour d’une analyse spatiale qui inclut une collecte de données. D’abord, une grille d’analyse des espaces-refuges est élaborée à partir de la littérature (inclusion spatiale) et de l’analyse de précédents (espaces refuges), afin de définir les dimensions ou critères d’observation (configurations, ambiances, seuils, dispositifs, modes de gestion, etc.) et leurs modalités d’évaluation. En parallèle, une analyse cartographique identifie de potentiels espaces-refuges, intérieurs et extérieurs, à l’échelle du campus et celle des pavillons. À partir d’un échantillon représentatif d’espaces-refuges, des relevés et des observations in situ sont réalisés pour chaque espace sélectionné et sont reportés sur des fiches comprenant dessins, plans, photos et descriptions des usages ou occupations. Ces données sont intégrées à la grille d’analyse qui permettra de construire des familles. Pour mieux comprendre les modes d’occupation et les logiques institutionnelles, des entretiens avec des informateurs-clés permettront d’éclairer certaines pratiques, de contextualiser l’accessibilité réelle des lieux. Ensemble, ces volets d’analyse permettent de croiser des dimensions et critères issus de la théorie avec le contexte et les réalités du terrain en vue de dégager des dénominateurs communs. Finalement, une cartographie et une typologie d’espaces-refuges potentiels pour des étudiant·es en situation d’itinérance cachée permettront de dégager des principes d’inclusion spatiale qui pourront guider certaines actions d’aménagement. Cette contribution pourrait ainsi alimenter les réflexions du partenariat de recherche et soutenir, à plus long terme, des interventions favorisant un campus plus inclusif.

Retour sur les activités de la session A25
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